LE GOUVERNEMENT VEUT STRUCTURER LES PROFESSIONS DE L’ART ET DES ANTIQUITÉS : ENTRETIEN AVEC CHRISTIAN SORRIANO

Christian Sorriano-4LE GOUVERNEMENT VEUT STRUCTURER LES PROFESSIONS DE L’ART ET DES ANTIQUITÉS

MARCHÉ DE L’ART

ENTRETIEN AVEC CHRISTIAN  SORRIANO

Grace à sa double casquette de cadre supérieur de la fonction publique et d’Expert en Antiquités, Christian Sorriano a été chargé, par arrêté ministériel du 2 décembre 1992, d’une gigantesque entreprise : structurer les professions de l’Art et des Antiquités. Il accorde à L’estampille/L’Objet d’Art son premier entretien.

L’estampille/L’Objet d’Art : Quelles sont les professions concernés par votre mission ?

Christian Sorriano : Dans un premier temps, ce sont tous les métiers liés à la restaurations, puis les professions d’expert, de galeriste, d’antiquaire et de brocanteur.

L’E.O.A : Quels sont vos objectifs pour les métiers de la restauration des objets d’art ?

C.S : Les métiers de la restauration ainsi que les métiers d’art sont difficiles et méritent une attention particulière : ils sont menacés de disparaître en France, ce qui est inadmissible. Les difficultés rencontrées par les jeunes pour apprendre ces métiers sont considérables car les maîtres d’apprentissage se raréfient. Les artisans comme les restaurateurs, malgré leur bonne volonté, sont dans l’impossibilité matérielle de transmettre leur s’avoir à des apprentis. Le droit à l’apprentissage, dans les faits, n’existe pas pour ce secteur d’activité.

Avec la création de CAP (Certificat d’Aptitude Professionnel), les objectifs de qualité et d’efficacité devraient être atteints pour faire face à une exclusion professionnelle et à la concurrence européenne.

L’E.O.A : Les apprentis dans les autres corporations sont engagés et soumis à un contrat jusqu’à l’obtention de leur CAP. Avez-vous pu chiffrer le nombre de contrats d’apprentissage qui pourraient être établis pour les métiers d’art et de la restauration.

C.S. : On ne peut pas espérer dans l’état actuel de la législation sur l’apprentissage qui n’est malheureusement pas adaptée à la réalité économique, que 5000 apprentis par an dans ce secteur. L’apprentissage est une filière précieuse et d’avenir, qui doit être rénovée et valorisée.

Dans de meilleurs conditions, le nombre d’apprentis pourrait être multiplié par cinq, non seulement dans les activités qui nous concernent, mais également dans tous les autres corps de métiers. Les métiers d’art occupent, d’après le Ministère du Commerce et de l’Artisanat, 200 000 personnes et développement un chiffre d’affaires de près de 80 milliards de francs par ans. Or, on compte en France seulement 220 000 apprentis tous métiers confondus.

L’E.O.A : Comment contez-vous aborder le domaine de l’expertise des professions liés au commerce de l’art ?

C.S. : Le titre d’expert n’est protégé par aucune texte juridique en France. N’importe qui peut se prétendre Expert en Antiquités, avoir pignon sur rue, et délivrer des certificats d’authenticité. Cette situation entraîne des abus de toutes sortes. Cela n’est pas sérieux et le public s’interroge à juste titre sur la valeur des experts. Ceux-ci sont pourtant indispensables.

Ma mission consiste en la rédaction d’un statut d’expert qui servira de référence. Une des tâches de la commission constitués pour l’élaboration de ce statut sera également de différencier l’expertise de l’estimation. Si l’on en croit les publicités et les devantures des galeristes, des antiquaires et des brocanteurs, tous sont experts…!

Or la plupart ne donnent que les estimations: ce sont donc des estimateurs. Il faudra se pencher sur cette “qualité” et en tirer les conséquences juridiques par la reconnaissance d’un nouveau titre.

La tâche est considérable pour les professions de galeriste, antiquaire et brocanteur. Il n’existe aucun texte réglementant l’accès à ces professions. Après l’inscription au registre  du commerce et à celui des revendeurs d’objets mobiliers auprès de la Préfecture, avec la tenue du registre de Police “à l’usage des antiquaires, garagistes, etc.”, n’importe qui peut s’installer et vendre des oeuvres d’art et des antiquités.

L’objectif de la commission sera d’apporter  une crédibilité accrue à ces professions sans les dénaturer.

L’E.O.A : Vous savez que de nombreux restaurateurs se sont regroupés en associations pour défendre leurs intérêts face aux nouvelles directives de la loi sur le fonctionnement des musées français. Celle-ci laissera toute latitude  à un jury de conservateurs du musée du Louvre et des musées de province d’agréer ou de rejeter les restaurateurs en place, malgré tous leur diplômes et équivalence. Ne pensez-vous pas que votre mission de mettre au point des CAP est, sur le fond, d’avance vouée à l’échec puisque même un restaurateur qui enseigne à l’IFROA devra passer un concours pour être agréé par les musée?

C.S. : Ma mission concerne seulement le secteur privé et non les agréments donnés par ministères ou les association.

L’E.O.A : Quelle valeur réelle entendez-vous donner à ces CAP de restaurateurs ?

C.S : Il est trop tôt aujourd’hui pour vous répondre à ce sujet mais des commissions paritaires vont être créées par professions avec les administrations et les organisations concernées représentative de chaque métier pour étudier ces problèmes cas par cas.